Charlemagne remettant à Roland l'épée Durendal et l'olifant

Charlemagne remettant à Roland l'épée Durendal et l'olifant

lundi 31 janvier 2011

Roncevaux


Pour apprendre à me servir du blog, je commence par poster une image. Il s'agit bien sûr ici d'enluminures d'un manuscrit médiéval, représentant des scènes de la chanson de Roland.

En haut, Roland sonne du cor pour prévenir Charlemagne.

En bas, à gauche, Roland embrasse Olivier mourant. A droite, il estourbit, d'un coup de son cor, qu'il fend, le Sarrazin cherchant à lui dérober Durendal.

Comme dans toute les illustrations médiévales, Roland est représenté en chevalier, et non pas en guerrier du VIIIème siècle. Le Moyen Age fait un usage constant de l'anachronisme.

On remarquera l'écu armorié de Roland, ici de gueules au lion d'or. Les armoiries imaginaires des preux connaissent une certaine stabilité, mais des fluctuations dans la tradition existent toutefois. Nous verrons que Roland se voit pourvu ailleurs d'armes d'or au lion de gueules, à la bordure engrelée de sable. Enfin, dans les textes franco-italiens, il porte des armes écartelées, mais nous y viendrons une autre fois.

En tout cas, une chose est sûr, c'est qu'à un moment ou à un autre, il me faudra vous parler d'héraldique.

Qu'est-ce que la Matière de France ?

Qu’est-ce que la Matière de France ? Question à laquelle il convient de répondre d’emblée puisque c’est d’elle que dépend l’orientation que je vais donner à ce blogue. Or, l’expression est aujourd’hui peu connue, même relativement à celle de « Matière de Bretagne », qui elle-même ne l’est guère. Mais je n’aurai pas la prétention de vouloir définir seul la Matière de France : il me faut ici faire appel à un ami. Cet ami a nom Jehan Bodel, jongleur, poète et écrivain prolifique de la fin du XIIème siècle. Nous lui devons, entre autres, une pièce de théâtre, des fabliaux, des pastourelles, mais aussi une chanson de geste, la Chanson des Saisnes (c’est à dire des Saxons). C’est dans cette dernière œuvre que notre jongleur définit pour la première fois les trois matières dont découle une grande part de la littérature médiévale. Laissons-lui la parole :

"Qui d’oïr et d’entendre a loisir et talent
Face pais, si escout bone chançon vaillant
Don le livre d’estoire sont tesmoing et garant.
Jà nuls vilains jugleres de ceste ne se vant,
Qar il n’en sauroit dire ne les vers ne le chant.
Ne sont que .IIJ. matieres a nul home antandant :
De France et de Bretaigne et de Rome la grant ;
Et de ces .IIJ. matieres n’i a nule samblant.
Li conte de Bretaigne sont si vain et plaisant ;
Cil de Rome sont saje et san aprenant ;
Cil de France de voir chascun jor apparant :
La corone de France doit estre mise avant,
Qar tuit autre roi doivent estre a lui apandant
De la loi crestiene qi an Deu sont creant.
Le premier roi de France fit Dex par son commant
Coroner a ses angeles dignement en chantant ;
Puis le commanda estre a terre son sergent,
Tenir droite justise et la loi metre avant.
Cest commandement tindrent après lui li auqant,
Anséys et Pepins, cil furent conquerant,
Et Charlemaigne d’Aiz, que Dex parama tant."

La Chanson des Saxons, Jean Bodel, publiée par F. Michel, Paris, Techener, 1839.

J’ai retranscrit ici la première laisse entière, en partie parce que j’aime peu les citations tronquées, mais surtout parce que je pense faire mon profit, dans cette laisse, de tout ou presque.

Ainsi donc, nous dit Jean Bodel, il n’est que trois matières dignes d’être traitées. La Matière de Bretagne, structurée autour du roi Arthur et de ses chevaliers de la Table Ronde, se compose de fables plaisantes mais vaines. La Matière de Rome, empruntée à l’antiquité et dépeignant les exploits de personnages tels qu’Enée, Hector, Jules César ou Alexandre le Grand, est jugée pleine de sens et de sagesse. Enfin la matière de France nous est ici présentée comme prééminente, Dieu ayant lui-même instauré le lignage des rois francs et ayant fait d’eux ses serviteurs terrestres : on verra en effet que le service de Dieu est un des thèmes centraux de notre matière.

Enfin, le jongleur énumère quelques-uns des personnages de l’épopée française : Pépin le Bref, qui figure dans quelques chansons de geste, Anséys, nom attaché à plusieurs personnages épiques, et enfin Charlemagne, le personnage central du cycle, présent dans la plupart de nos textes.


C’est donc à cette Matière de France que sera consacré ce blogue. Je m’efforcerai de vous proposer des présentations de textes, des comptes-rendus de lecture, des astuces et des mots de vocabulaire pour vous aider à lire des chansons de geste, si vous décidez de vous lancer dans cette aventure, et des anecdotes qui, je l’espère, vous intéresseront. J’aborderai également des sujets connexes : matières de Rome et de Bretagne, mythologie celtique et germanique, éléments de civilisation médiévale. Chaque fois que j’en aurai la possibilité, je joindrai à mes billets un lien vers le texte concerné, si celui-ci est disponible en ligne.